Comme tout supporter à l’approche d’un match de son équipe, les suiveurs de l’Olympique de Marseille sont depuis plusieurs semaines attentifs aux performances et résultats du RasenBallsport Leipzig. Actuel 4e de Bundesliga à seulement deux longueurs du troisième, le Borussia Dortmund, ce club de l’est de l’Allemagne constitue depuis quelques saisons un adversaire coriace du championnat allemand. Focus.

Le RB Leipzig a comme particularité première la jeunesse de son effectif. 24 ans de moyenne d’âge contre 27 pour l’OM. La rencontre de ce soir constituera donc également une bataille entre la fougue de la jeunesse et l’expérience dont se tague cette saison l’effectif olympien. Pour le match aller, la rencontre aura lieu au Red Bull Arena, stade de 42.558 places. Red Bull… On en vient à la deuxième particularité de ce club : son fondateur !

Une histoire particulière

Car oui, le RasenBallsport Leipzig – précédemment appelé Red Bull Leipzig – a été fondé en 2009 (plus précisément le 19 mai 2009, rigueur obligeant) par la marque de boissons énergisantes Red Bull. Alors qu’elle était déjà détentrice de deux clubs de football – Red Bull Salzbourg en Autriche (acheté en 2004) que l’OM a affronté en phase de poules, et les New York Red Bulls aux Etats-Unis (2006) -, le rachat ou plutôt la création du club de Leipzig constitue le point culminant de la stratégie sportive du groupe Red Bull. Et le moins que l’on puisse dire est que le cheminement de ce rachat fut particulier…

Franz Beckenbauer, légende allemande du Bayern Munich et de l’ancienne RFA (5 championnats d’Allemagne, dont une avec Hambourg, 3 Coupes des Champions, 1 Supercoupe UEFA, 1 Coupe du monde et 1 Euro… notamment, car il y en a plein d’autres à côté !) conseille à son ami et dirigeant de Red Bull, Dietrich Mateschitz, d’acheter un club de football dans la ville de Leipzig. La raison ? Cette ville pue le football, et ses habitants, amoureux fous de ce sport, n’ont plus la chance depuis plusieurs décennies de compter un club dans l’élite. C’est comme si l’on retirait l’Olympique de Marseille à la ville de Marseille. Une aberration, non ?

Franz Beckenbauer avec Dietrich Mateschitz
Dietrich Mateschitz avec Franz Beckenbauer.

De plus, un stade de 44.000 places, le Zentralstadion (qu’ils renommeront donc ensuite), rénové pour la Coupe du Monde 2006, fait office d’argument ultime. Il n’en faut pas plus pour convaincre Mateschitz qui, la même année (en 2006) fait une offre officielle pour le rachat du FC Sachsen Leipzig, un club phare de l’ex-Allemagne de l’Est, ancien champion de « DDR-Liga », mais relégué en quatrième division peu de temps après la réunification. Mais si une offre a été faite et acceptée en 2006, pourquoi le club ne s’est-il fait racheter qu’en 2009 ?

De la protestation des supporters à la Ligue des Champions

En fait, ce sont les supporters qui font retarder le deal. Une vague de protestations va s’élever au lendemain de l’annonce de l’accord entre Red Bull et les dirigeants du club. Idem pour la Fédération allemande de football (DFB) qui va faire prévaloir une loi allemande interdisant à une société commerciale d’acquérir plus de 51% d’un club de football. Suite à cet échec, de nombreuses autres négociations avec d’autres clubs allemands vont avoir lieu, mais l’entreprise va se confronter à chaque fois aux deux mêmes problèmes.

Finalement, après avoir tenté sa chance dans diverses localités, c’est bien à Leipzig qu’un accord définitif sera trouvé : l’heureux élu se nomme le SSV Markanstädt, petit club amateur situé à… 13 kilomètres de Leipzig. Coût de la transaction : 350.000 €. Le club sera renommé « RB Leipzig » et les couleurs de Red Bull seront réutilisées. Bon, petit détail quand même : comme il est interdit pour un club d’avoir le nom d’une entreprise, le RB signifiera « RasenBallsport », ce qui signifie « sport de balle sur pelouse ». Le Zentralstadion sera ensuite racheté, renommé Red Bull Arena, et l’objectif sportif sera une remontée dans l’élite entre 5 et 10 ans, avec un plan d’investissement à hauteur de 100 millions d’euros sur 10 ans.

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Après, tout s’accélère. Sous couvert de tensions avec les supporters des autres principaux clubs de la ville (Lokomotive Leipzig et Sachsen Leipzig notamment) qui voient d’un mauvais œil ce projet – pour la petite histoire, plusieurs matchs ont dû être annulés durant la première année en 5e division pour des questions de sécurité ! –, le RB Leipzig est promu en D4 dès sa première saison, en comptant 22 points d’avance sur le second. Les choses deviendront alors plus compliquées, et il leur faudra 3 saisons complètes et un investissement de 35 millions d’euros (en division 4 !) pour atteindre la D3.

La politique est alors tournée vers les jeunes. Des joueurs comme Joshua Kimmich, Anthony Jung ou Yussuf Poulsen rejoignent le club pour la saison 2014-2015. Pari réussi, ils sont promus en 2. Bundesliga dès leur première saison de D3. Mini cailloux dans la chaussure, pour valider leur montée, trois conditions doivent être respectées, dont le changement de logo.

20 millions d’euros seront investis sur le marché des transferts, mais la montée en division 1 ne se fera pas dès cette saison. Replay donc en D2, investissements massifs sur de jeunes joueurs prometteurs avec, en plus, le Red Bull Salzbourg (Autriche) qui se place définitivement comme un club satellite. Cette fois, c’est la bonne : Leipzig est promu en Bundesliga à l’issue de la saison 2015-2016 en étant classé 2e de 2. Bundesliga.

La suite est tout aussi fantastique.  Et a de quoi réjouir Mateschitz (le PDG de Red Bull, rappelez-vous). Dès leur première saison dans l’élite, Leipzig se classe 2e et se qualifie pour la phase de poules de la Ligue des Champions. Certains joueurs se révèlent, à l’image d’Upamecano ou de Timo Werner. Ils se retrouveront avec le Besiktas, Porto et Monaco. Finissant 3es de leur groupe, ils sont reversés en Ligue Europa où ils élimineront Naples en seizième, puis le Zenith en huitièmes.

Si, sportivement, le projet RB Leipzig est une totale réussite, le club connaît des difficultés à s’insérer et se faire accepter dans, et par le football allemand. Les supporters des autres clubs ne peuvent accepter qu’un club de football, caractérisé par la passion et l’amour du maillot, soit propriété et petit joujou marketing d’une multinationale.

Leipzig est sûrement aujourd’hui le club allemand le plus détesté au sein d’un territoire où la culture football est aussi marquée et marquante qu’en Allemagne. Par exemple, les  groupes de supporters historiques du Borussia Dortmund boycottent tous les déplacements sur la pelouse du RedBull Arena. Les performances sportives ne parviennent pas à faire oublier les raisons de leur présence dans l’élite : servir de projet marketing et sportif géant à Red Bull.

Bon, la partie histoire étant terminée, nous allons à présent nous concentrer sur ce quart de finale d’Europa League contre l’Olympique de Marseille. Mais ça, on vous l’expliquera dans une deuxième partie, où une revue complète de l’effectif  du RasenBallsport Leipzig sera réalisée.

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