Les féminines de l’OM nourriront longtemps des regrets… Après avoir tenu en échec le puissant MHSC sur 90 minutes (1-1), elles virent l’exploit à portée de main avec un avantage de 3-1 et deux balles de match dans la série de tirs au but… avant de s’incliner finalement 4-5 ! Une défaite et une élimination bien cruelle, et pourtant porteuse de beaucoup d’espoirs pour la suite de la saison.

Difficile de savoir quel est le sentiment prédominant à l’issue de ce 8e de finale de coupe de France féminine en forme de dramatique bien huilée. Faut-il avant tout se réjouir du fait que les Olympiennes aient réussi à tenir tête à la machine montpelliéraine, 2e du championnat l’an passé, 3e actuellement, et en lice pour les quarts de finale de la Ligue des Championnes, poussant le club de la famille Nicollin jusque dans ses tout derniers retranchements, mieux encore que la saison dernière (élimination en 32e 1-2 à la 90+6’) ? Ou faut-il se désoler que les filles de Christophe Parra n’aient pas su transformer la performance en exploit, alors qu’elles menaient 3-1 dans la série de tirs au but, avec deux tirs restants, et deux balles de match offertes ?

J’avoue en ce qui me concerne qu’esprit et cœur se livrent une belle lutte au moment d’écrire ce compte-rendu. Le premier, se voulant toujours objectif et tenant à replacer l’événement dans un contexte plus large (la saison 2017-2018 dans son intégralité) a tendance à choisir la voie de la positivité. Mais le deuxième, lié au supportérisme et à l’attachement à ce club et à ces filles, penche nettement vers l’incompréhension et l’abattement. Il y a un peu – toutes proportions gardées, bien sûr – de Séville 82 dans ce résultat, ou plutôt dans le déroulé des événements.

Le MHSC en échec, déjà un exploit pour les Olympiennes

Durant les 90 et quelques minutes du temps réglementaire, l’OM a réussi à tenir la dragée haute au groupe de Jean-Louis Saëz. Il faut mesurer la performance comme il se doit. Cette saison, en 18 rencontres officielles (13 en D1, 1 en CdF, 4 en LdC), le MHSC avait remporté 14 victoires pour seulement 4 défaites (deux contre Lyon et une contre le PSG en championnat, une à Zvesda en Russie en LdC), et aucun nul. Et lorsqu’on sait que la Coupe de France – dont le MHSC est un spécialiste (8 finales sur les 12 dernières éditions, dont 3 victorieuses) – est un objectif majeur de la saison pour Sofia Jakobsson et ses coéquipières, on comprend que les visiteuses n’étaient pas venues en dilettante.

La première période fut assez équilibrée, aucune des deux équipes ne se créant de très grosses occasions de but, la majorité des tirs étant soit non cadrés, soit stoppés sans difficulté par les gardiennes. Les Olympiennes avaient choisir de défendre haut avec pressing afin d’éviter à subir, mais du coup s’exposait aux contres et aux ballons en profondeur dans le dos de la défense. Le MHSC essayait beaucoup de passer sur les ailes, une habitude pour cette équipe, avec les rapides Jakobsson, Cayman ou Karchaoui, mais la défense locale veillait au grain, avec une excellente Caroline Pizzala, replacée en DC cette saison (Kelly Gadéa étant monté d’un cran au milieu) et une Geneviève Richard attentive dans ses cages sur les centres adverses… Le 0-0 à la pause laissait toutes les options sur la table.

Jakobsson frappe !

On le sait, même s’il n’existe pas de moment idéal pour encaisser un but, les débuts et fins de période sont à surveiller particulièrement. De toute évidence peu satisfait de la production de son équipe, Jean-Louis Saëz opérait deux changements dés la reprise, laissant aux vestiaires Marie-Charlotte Léger et Clarisse Le Bihan, et envoyant sur le synthétique de Roger-Lebert l’Espagnole Virginia Torrecilla et la jeune Manon Uffren. Relation de cause à effet ? Moins de cinq minutes de jeu, et Jakobsson brûlait la politesse à l’arrière-garde olympienne pour ouvrir le score (0-1, 49’)

Sans surprise, le MHSC poussait dans le quart d’heure suivant, tentant de faire le break. Christophe Parra procédait au premier remplacement, sortant l’expérimentée Sandrine Brétigny pour l’internationale U19 Cindy Caputo (56’). Le changement payait quelques minutes plus tard, après que Viviane Asseyi ait obtenu un coup-franc à une vingtaine de mètres, quasiment dans l’axe. Caputo le tirait joliment, et l’immense gardienne US Casey Murphy (1,85 m) ne pouvait que renvoyer le cuir dans les pieds de Nora Coton-Pélagie qui expédiait vivement le ballon au fond ! (1-1, 70’).

Les vingt dernières minutes, avec la menace de la « loterie » des tirs au but (pas de prolongation en coupe de France féminine), virent l’intensité augmenter, les deux équipes tentant de faire la décision. Les chocs et les contacts se faisaient plus rugueux et l’OM perdit ainsi Lalia Storti (78’) et Nora Coton-Pélagie (88’), dont on pourra a posteriori regretter les absences sur les TaB… Marie-Yasmine Alidou d’Anjou, puis Charlotte Lozé en fin de match, firent donc leur apparition sur le terrain. Dans les tout derniers instants, l’OM eut vraiment l’occasion de l’emporter sur deux occasions d’Asseyi, très remuante, avec un lob frôlant la barre (90+1’), puis un tir puissant obligeant Murphy à une grosse parade (90+2’) !

Plus dure fut la chute…

Il fallut donc en passer par les tirs au but. Contre toute attente, les Olympiennes semblèrent assommer leurs adversaires avec un sans faute sur leurs trois premières tentatives (Gadéa, Asseyi, Pizzala), tandis que Richard réussissait l’exploit de stopper les deux premiers tirs montpelliérains (Cayman, Torrent). Le public se pinçait pour y croire : l’OM menait 3-0 dans la série ! Mais à partir de là, le rêve se transforma en cauchemar…
Anaïs M’Bassidjé, puis Alidou d’Anjou (balle de match) échouèrent, laissant Sakina Karchaoui, la capitaine suédoise Linda Sembrant et Torrecilla ramener le score à 3-3 ! Charlotte Lozé redonna l’espoir en marquant (4-3), débouchant sur une nouvelle balle de match, mais Uffren égalisa (4-4)….
Le suspense insoutenable prenait fin avec l’échec de Cindy Caputo. Cette fois la balle de match s’offrait au MHSC, et Jakobsson ne la rata pas (4-5).

Certains ne manqueront pas d’invoquer un déficit d’expérience au moment le plus critique, et cette opinion est sans doute recevable, même si Uffren n’en a guère plus que les joueuses olympiennes ayant échoué. D’autres se réfugieront derrière la « loterie ». Avec Brétigny et Coton-Pélagie dans les tireuses, l’OM serait-il passé ? La rétrofiction n’a pas plus de sens en foot qu’en Histoire…
Tenons-nous-en aux faits : l’OM est éliminé avec les honneurs, en ayant lui-même gâché les conditions d’un exploit historique. Une belle ( ?) contradiction, ou un superbe paradoxe, avec lesquels il faudra bien vivre, et dont il faudra tirer toutes les leçons, positives et négatives, avant les prochains matchs en championnat – cruciaux pour l’avenir de la section féminine dans l’élite.

Mais bravo quand même aux Olympiennes qui n’ont pas à rougir, loin de là !

Philippe Serve

Olympique de Marseille (D1) – Montpellier HSC (D1) : 1-1 (0-0) (tab 4-5) – 207 spectateurs
Buts : Nora Coton-Pélagie 70′ ; Sofia Jakobsson 49′
Tirs au but : Gadea (1-0), Cayman (arrêté), Asseyi (2-0), Torrent (arrêté), Pizzala (3-0), Karchaoui (3-1), M’Bassidje (arrêté), Sembrant (3-2), Alidou D’Anjou (raté), Torrecilla (3-3), Lozé (4-3), Uffren (4-4), Caputo (raté), Jakobsson (4-5)
Avertissement : Nicoli 71′

Marseille : Richard ; Cissoko, Pizzala (cap), M’Bassidje, Blanc ; Coton-Pélagie (Lozé 88′), Gadea, Dali-Storti (Alidou D’Anjou 79′) ; Soulard, Bretigny (Caputo 56′), Asseyi
Banc : Alidou d’Anjou, Laplacette, Caputo, Lozé, Saint-Léger
Montpellier : Murphy ; Cayman, Nicoli, Sembrant (cap), Karchaoui ; Torrent (Uffren 46′), Le Bihan, Léger (Le Bihan 46′) ; Jakobsson, Veje, Gauvin (Blackstenius 70′)
Banc : Tonazzi, Uffren, Torrecilla, Blackstenius, Gérard

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Photo: ©MHSC

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