Ni exploit, ni miracle au stade Jean-Bouin de Paris ce dimanche, où l’OM féminin s’est lourdement incliné devant le PSG (0-4). La défaite ne peut souffrir d’aucune contestation, tant les Olympiennes ont paru inférieures à leurs adversaires et inoffensives. La seule – très relative – bonne nouvelle est venue d’Albi, où le match nul concédé par l’ASPTT à Rodez (1-1) laisse encore un faible espoir de maintien aux joueuses de Christophe Parra.

Comme j’avais tenté de l’expliquer dans mon article de présentation du match d’hier, sur les quatre rencontres restant à disputer pour les Olympiennes, deux étaient – et sont encore – des « obligations absolues » de victoires (Rodez à la maison, Guingamp à l’extérieur), une est ingagnable (à Lyon), et une était un rêve – très peu réaliste – d’exploit (au PSG). Ce dernier s’est vite brisé…

Première période :
Paris domine et marque deux fois

Devant 4500 spectateurs, dont une large majorité d’ultras parisiens, les Olympiennes se retrouvèrent immédiatement sous la pression de leurs adversaires qui jouaient haut et dominaient largement le jeu au milieu par leur quatuor Diani-Hegerberg (Andrine, la sœur aînée de la buteuse lyonnaise Ada)- Geyoro-Baltimore, la première et la dernière sur les côtés, un 4-4-2 se transformant le plus souvent en 4-3-3, voire en 4-2-4.

Après une frappe initiale de Marie-Laure Delie sur laquelle se coucha bien la gardienne canadienne de l’OM Geneviève Richard (3’), puis un corner dévié au loin par cette même Richard, il fallut deux interventions d’Anaïs M’Bassidjé pour écarter le danger. D’abord face à Diani, puis devant la ligne de but sur un centre dangereux de Katoto. Ce fut ensuite au tour de Maëlle Lakrar de nous faire admirer sa technique de tacle devant Diani. Richard se mit à nouveau en évidence avec un bon dégagement au poing sur un corner. Mais à force de subir, l’OM finit par craquer…

Marie-Laure Delie hérita du ballon dos au but olympien, dans la surface, légèrement décalée sur la gauche, et M’Bassidjé collée à son numéro. L’avant-centre internationale pivota, mettant complètement dans le vent une Anaïs surprise et un peu naïve sur le coup, avant d’expédier très vite un tir puissant qui prit la direction de la lucarne au premier poteau. Richard s’interposa, mais – surprise elle aussi par la rapidité de l’exécution du mouvement – repoussa le ballon du bout des doigts sur sa transversale. Surgit alors Marie-Antoinette Katoto devant le but vide. Elle n’eut plus qu’à pousser tranquillement le ballon au fond (19’, 1-0).

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Menées au score alors qu’elles devaient absolument ramener au minimum un point de leur déplacement, les Olympiennes n’avaient pas d’autre choix que d’attaquer. Pour cela, contre un adversaire du calibre du PSG, elles ne pouvaient se contenter de balancer de longs ballons devant pour la seule Asseyi, beaucoup trop esseulée. Elles devaient construire, animer des attaques placées, jouer court, précis et vite. Autant de choses que cette équipe de l’OM ne sait pas – ou plus – vraiment faire, trop habituée à jouer très bas et vertical. Le milieu de terrain continuant à subir – si seulement la superbe Grace Geyoro était marseillaise et non parisienne ! -, les attaquantes étaient toujours sevrées de ballons et beaucoup trop espacées les unes des autres… On passa près de la correctionnelle lorsque Geyoro se retrouva en possession du ballon à hauteur du point de penalty. Un contrôle parfait, un crochet extérieur qui laissa sa copine Cissoko sur le ventre, et un tir très pur. Heureusement, Richard, attentive, sortit une parade décisive (26’) !

Après une pause fraîcheur pendant laquelle Christophe Parra agita sa tablette à schémas tactiques pour recadrer ses joueuses, les Olympiennes se retrouvèrent davantage en possession du ballon, le PSG les laissant venir tout en contrôlant la situation. On crut même un court instant à l’égalisation, lorsque Kelly Gadéa loba Kiedrzynek de la tête sur un coup-franc lointain et excentré, mais l’ancienne capitaine du MHSC fut signalée hors-jeu. À juste titre.

Oui, malheureusement, Kelly Gadéa était bien hors-jeu…

Et comme souvent, au moment où l’on se disait : « Et si ? », boum, la sentence tomba avec un deuxième but parisien juste avant le repos…
Ève Périsset délivra une excellente passe dans l’intervalle et dans le dos de Lakrar pour Katoto, laquelle fila sur la droite jusqu’à la ligne de but. Elle leva la tête et adressa un centre en retrait parfait au ras du sol pour Diani qui reprit en pleine course du plat du pied, propulsant le ballon dans la lucarne gauche de Richard. Un très joli but, ma foi, mais qui mit en pleine lumière les largesses défensives olympiennes, et avait la forme d’un marteau enfonçant un clou supplémentaire sur le couvercle d’un cercueil (43’, 2-0).

Eve Périsset en possession du ballon, attend que Katoto (à dr) parte dans le dos de Lakrar.
Périsset lance parfaitement Katoto dans le “trou” creusé par l’intervalle.
La défense de l’OM prise dans son dos, Katoto a tout le temps pour adresser un centre en retrait vers Diani, oubliée par le marquage olympien.
L’ailière internationale parisienne reprend tranquillement le ballon comme il vient.
Geneviève Richard est battue, conséquence de la naïveté, du mauvais placement et de la passivité de sa défense…

Sur le chemin des vestiaires, Kelly Gadéa reconnut au micro d’Eurosport que le score n’était « pas sévère, Paris a[vait] eu beaucoup d’occasions ».

Deuxième période :
l’OM disparaît

On espérait une réaction des Olympiennes, ne serait-ce que d’orgueil.  Même si elles ne baissèrent pas totalement les bras, cette réaction ne vint jamais. À aucun moment – et à l’exception de deux ou trois joueuses —, on ne vit vraiment sur le terrain une équipe luttant pour sa survie, le couteau entre les dents, se jetant comme des mortes de faim sur le ballon et sur l’adversaire. Mais sans doute n’en avaient-elles tout simplement pas les moyens. En fait, on a vu un gouffre gigantesque séparant cet OM de fin de saison d’un PSG meilleur dans tous les compartiments du jeu, et qui a proposé un match très sérieux, à mille lieues de la purge offerte à Montpellier (défaite 0-3).

L’entrée de l’Islandaise Fanndis Fridriksdottir à la pause, en lieu et place de M’Bassidjé (une milieu/attaquante excentrée pour une défenseure centrale) entraîna quelques changements. Soulard recula arrière droite, et Cissoko – une satisfaction dans ce match – glissa dans l’axe (son véritable poste).

Face à son ancien club et à la Canadienne Ashley Lawrence, l’Olympienne Hawa Cissoko a livré un match solide et courageux.

Dix minutes après la reprise, Hegerberg trouva la barre transversale de Richard avec une belle frappe puissante des 18 mètres (55’), juste avant de laisser sa place à la jeune internationale Aminata Diallo. Moins de cinq minutes plus tard, l’arbitre – par ailleurs excellente – accorda un penalty totalement injustifié au PSG. Soulard contra un centre dans la surface du haut de l’épaule et se fit d’ailleurs suffisamment mal pour rester au sol plusieurs minutes, avant de sortir définitivement quelques instants plus tard. L’arbitre y vit une main, hésita au constat de la blessure, consulta l’arbitre assistant qui n’avait rien vu, et maintint la sentence. Katoto ne se fit pas prier pour réussir un nouveau doublé et inscrire son 19e but de la saison en championnat, autant que le nombre de ses jeunes années (62’, 3-0).

À partir de là, l’OM, déjà archi-dominé, ne vit plus le ballon. La défense flottait sur chaque action parisienne, même les plus anodines.

4 attaquantes du PSG pour 2 défenseures de l’OM, avec 5 autres Olympiennes regroupées dans l’axe et ne servant à rien.

Les attaquantes, elles, étaient au chômage longue durée. Seule, Asseyi toucha de temps en temps le ballon… en position de défenseure. La seule mini occasion
olympienne arriva à un peu plus de 10 minutes de la fin sous la forme d’un coup-franc excentré aux 25 mètres offert à Asseyi pour une grosse obstruction de la Polonaise Dudek. L’internationale de l’OM le tira direct et… ne cadra pas. Comme on dit toujours en semblable occasion : il y avait mieux à faire…
Quelques instants plus tard, un télescopage dans la surface marseillaise entre Delie, Richard et Lakrar laissa la jeune défenseure olympienne sur le carreau et contrainte de laisser ses partenaires finir le match à 10 contre 11, Sandrine Brétigny et Tess Laplacette ayant déjà fait leur entrée (pour Lalia Storti et Amandine Soulard).

Souffle coupé en début de match…
… genou touché dans un gros choc à la fin, pas une journée des plus agréables pour Maëlle Lakrar !

Mais l’OM n’avait pas fini de boire le calice jusqu’à la lie. Un 4e but survint à la 88e minute. Laure Boulleau, entrée en jeu quelques instants plus tôt, adressa de la gauche un centre légèrement dévié que l’Espagnole Jennifer Hermoso, autre remplaçante, reprit au premier poteau d’une jolie tête croisée qui alla se loger dans le filet opposé de Richard (88’, 4-0). Là encore, on remarquera sur l’illustration suivante la largesse du marquage de Gadéa sur l’internationale ibérique (et celui de Laplacette sur Katoto, derrière).

Des marquages pas vraiment à la culotte, et derrière les attaquantes adverses.

Le PSG termina en roue libre, et les ultras parisiens, qui avaient soutenu leurs joueuses comme ils le font toujours – bravo à eux -, montrèrent leur manque flagrant de culture en termes de football féminin, où tolérance rime avec respect de l’adversaire et politesse, en enchaînant les narquois « L’OM en D2 ! », les élégants « L’OM, on t’en..le ! », et autres très humbles « Et elles sont où les Marseillaises ? », sans oublier de traiter les Olympiennes de “connasses”, comme l’a relevé après le match et avec amertume Christophe Parra*. Qu’on le sache : ce qui est – plus ou moins –  « accepté » comme du chambrage habituel et folklorique en foot masculin, ne l’est pas – jamais ! – en foot féminin.

* « Je pense que les filles, même si ce sont des « connasses », ont représenté dignement et fièrement l’Olympique de Marseille et le football féminin… C’était une ambiance assez particulière. C’est bien de trouver du monde autour d’un match féminin, de haut niveau. Un « clasico » comme beaucoup se plaisent à le décrire. Après, malheureusement, on tend vers le mauvais côté. Bien évidemment, il n’y a qu’un seul football, la beauté du sport c’est l’universalité, et je me bats tous les jours pour ne pas mettre à part le football féminin. Néanmoins, on était à l’abri de certaines choses, et je trouve ça décevant. Je ne suis pas donneur de leçons, mais je pense que les tribunes du PSG… Je suis désolé, mais on a un public qui est vraiment meilleur dans notre petit stade Roger-Lebert à Marseille. C’est incomparable. »

Christophe Parra (ici pendant la rencontre) n’a pas mâché ses mots concernant le comportement des ultras parisiens envers les Olympiennes.

L’OM pas encore en D2… mais si proche !

Ce n’est bien entendu pas grâce à cette défaite qu’un – très mince – espoir existe encore pour l’OM féminin de sauver sa tête en D1. Non. Lille, vainqueur de Guingamp (1-0), échappe définitivement à une possible remontée de l’OM sur le promu nordiste (sauf à aller gagner à Lyon, ce à quoi nulle personne censée ne peut croire le moindre instant…) Non, la « bonne nouvelle » est venue d’Albi, où l’ASPTT a dû concéder le match nul à Rodez (1-1). L’OM se réjouira peut-être dans quelques semaines du penalty de la Ruthénoise Flavie Lemaître qui a privé ses voisines albigeoises des deux points supplémentaires qui leur semblaient acquis…

La situation est aujourd’hui la suivante :

Les mots de la fin seront ceux de la capitaine olympienne Caroline Pizzala, dépitée et lucide au micro d’Eurosport :

 « C’est très dur, 4-0. Après, voilà [le PSG] est une belle équipe et ça reflète un peu notre saison, malheureusement. Je pense que dans le contenu on a essayé de mettre en place ce que le coach avait demandé. On les a mis un petit peu, beaucoup en difficulté, je pense. Après, ça ne suffit pas contre des grosses équipes, de bonnes joueuses, voire de très bonnes joueuses. C’est dommage, on est déçues… On savait déjà en venant ici que ce serait très dur, et qu’on se battrait jusqu’à la fin quoiqu’il arrive. On espérait prendre quelques points à Paris, c’est raté. Maintenant, il faut se concentrer sur les deux derniers matchs [contre Rodez et à Guingamp], parce qu’on sait que contre Lyon c’est très, très compliqué. Contre Rodez, chez nous, et à Guingamp il y a de quoi faire. De toute façon, on n’aura pas le choix. On ne baissera pas les bras. Maintenant, c’est vrai que c’est difficile, mais on ne lâchera rien. »

À noter : pas un article, pas une ligne, pas un mot de ce match PSG-OM sur le site officiel du club OM.net, ni en amont, ni pendant, ni en aval. Un seul mot pour qualifier cette absence totale d’info du club envers ses féminines : lamentable.

La fiche du match (crédit : footfofeminin.fr) :

PSG – Marseille : 4-0 (2-0)
Paris (Stade Jean Bouin) – 4 500 spectateurs
Arbitre : Elodie Coppola
Buts : Marie-Antoinette KATOTO 19′ et 64’ s.p., Kadidiatou DIANI 44′, Jennifer HERMOSO Fuentes 88′.
Avertissements : Lawrence 71′, Dudek 79′

PSG : Kiedrzynek ; Perisset (Boulleau 76′), Paredes (cap), Dudek, Lawrence ; Diani, Geyoro, Hegerberg (Diallo 58′), Baltimore (Hermoso 70′) ; Katoto, Delie.
Banc : Voll, Boulleau, Diallo, Hermoso, Karaoun

OM : Richard ; Cissokho, Pizzala (cap.), M’Bassidje (Fridriksdottir 46′), Lakrar (blessée 84′) ; Soulard (Laplacette 80′), Storti (Brétigny 59′), Gadea, Coton-Pélagie ; Asseyi, Cardia.
Banc : Saint-Léger, Antoine, Laplacette, Fridriksdottir, Brétigny

Mieux que les insultes des ultras parisiens, l’amitié et le réconfort de Diallo, Kiedrzynek et Lawrence pour l’Olympienne Cissoko…. Football féminin…

Philippe Serve
A suivre sur Twitter @Olympiennes

Captures photos sur la retransmission du match par Eurosport 2.

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