LES OLYMPIENNES RELÉGUÉES EN D2

LETTRE OUVERTE À M. JACQUES-HENRI EYRAUD
PRÉSIDENT DE L’OLYMPIQUE DE MARSEILLE

« Monsieur le Président, je vous fais une lettre, que vous lirez peut-être, si vous avez le temps… »

Cher Président,
Cher Monsieur,

Je me permets de vous adresser cette lettre ouverte en tant que supporter de l’Olympique de Marseille de longue date (1969) et de sa section féminine depuis sa (re)création en 2011. C’est précisément de cette dernière dont je souhaite vous entretenir par la présente.
Ma lettre sera respectueuse, n’en doutez pas, même si elle ne cherchera pas à s’exposer aimable.

Passionné de football « au féminin », je suis et encourage au plus près le parcours des Olympiennes depuis 7 ans. Et je voudrais commencer par faire un peu d’Histoire…
Cette réapparition d’une équipe féminine à l’OM – que nous étions nombreux à appeler de nos vœux — suscita un immense espoir et beaucoup d’enthousiasme dans la foulée de la magnifique Coupe du Monde féminine allemande de 2011.
Certes, le chemin s’annonçait long, mais les objectifs du club étaient clairs et précis : partir du bas de l’échelle (District), bâtir sa propre histoire sans passer par une fusion (à l’inverse de ce que firent par un passé plus ou moins récent l’OL, le MHSC, l’ASSE, l’EAG, le LOSC ou encore les Girondins de Bordeaux), et gravir les échelons menant à l’élite le plus vite possible. Une fois ce premier but atteint, ne pas se contenter de jouer le maintien en D1, ni même le « ventre mou », mais bel et bien s’affirmer rapidement comme un concurrent direct du Top 4 (Lyon, PSG, MHSC, Juvisy), jouer l’Europe, et à terme gagner non seulement le titre de Championnes de France, mais aussi la prestigieuse Ligue des Championnes. Ni l’OM, ni Christophe Parra au long de la dizaine de longues interviews qu’il m’accorda – sans compter nos discussions informelles – ne cachèrent jamais ces ambitions, mais les revendiquèrent bel et bien.

La première partie du plan fonctionna à merveille : les trois niveaux initiaux furent avalés en autant d’années (de District en DH Challenger, puis en DH Elite, et enfin en D2). Un recrutement régional et national bien ciblé, une joueuse internationale devenue capitaine emblématique portant littéralement le club en D2 (Léa Rubio), puis Caroline Pizzala, et un entraîneur-bâtisseur plein d’énergie, d’idées, amoureux de beau football et ambitieux (Christophe Parra).
Certes, l’équipe buta en fin de première saison en D2, ne parvenant pas à décrocher la 1ere place, seule habilitée à délivrer le sésame vers l’élite. Elle échoua de peu. Mais ce fut un mal pour un bien. La saison suivante, grâce à un recrutement rarement vu en D2 – notamment l’arrivée d’une légende du football français, Sandrine Brétigoal Brétigny -, les Olympiennes décrochèrent la timbale, finissant invaincues leur championnat, et remportant au passage le titre de Championnes de France de D2.

Commença alors la deuxième phase du plan établi 5 ans plus tôt par la direction à laquelle vous avez succédé : arrimer l’OM à la D1 – autrement dit, se maintenir -, avant de monter en régime et de venir titiller les cadors établis.
Le recrutement, spectaculaire, de l’été 2016 transforma les intentions en action : alors qu’une seule joueuse quittait le club, dix signèrent à l’OM. Et des joueuses d’un excellent niveau : des internationales A (Viviane Asseyi, Kelly Gadéa), B (Pauline Peyraud-Magnin), étrangère (Sara Yüceil), internationales jeunes (Inès Boutaleb, Salomé Elisor, Océane Closset) et des joueuses déjà très expérimentées en D1 (Lalia Storti, Amandine Soulard)…
Contrairement à la communication officielle du club qui s’acharnait à la jouer modeste, l’équipe olympienne à l’orée de la saison 2016-2017 n’était pas « jeune et inexpérimentée ». Bien au contraire ! Comme je l’avais démontré à l’époque dans un de mes articles, l’OM possédait le 4e effectif de D1 en matière d’expérience au plus haut niveau. Et j’avais prédit – si tant était que la mayonnaise veuille bien prendre entre toutes ces recrues – un classement final entre la 5e et la 7e place.
Après des débuts difficiles, dus à un calendrier peu favorable et à un changement de système de jeu, les Olympiennes alignèrent une série impressionnante de neuf victoires consécutives, faisant tomber au passage le PSG (2-0) – futur finaliste de la LdC -, un véritable exploit…
À l’arrivée, l’OM décrocha une très belle 4e place, devançant le club historique de Juvisy (également battu pendant la saison, 2-1)… La rédaction du site spécialisé Foot d’Elles – pour lequel j’avais eu le plaisir de collaborer comme rédacteur en 2014 – décerna à Christophe Parra le prix du meilleur entraîneur de la saison, devant Gérard Prêcheur, pourtant auteur d’un triplé Championnat-Coupe de France-Ligue des championnes avec Lyon.

Pas un/e supporter/trice de l’OM qui ne se réjouit alors de voir « ses filles » enfin en place au plus haut niveau et faisant honneur au maillot ! Mais plus largement, pas un/e amateur/trice de football féminin qui ne partagea cette satisfaction, convaincu/e que l’élite de la discipline avait besoin d’un OM concurrentiel pour redorer le blason d’une D1 ronronnant dans ses habitudes : l’OL champion sans discontinuer depuis 11 ans, le PSG et le MHSC se disputant le 2e ticket pour l’Europe. Et chacun/e de se montrer prêt à engager sa fortune personnelle que la nouvelle direction de l’OM allait mettre à feu le troisième étage de la fusée phocéenne. À savoir :

1) Professionnaliser la section en lui faisant intégrer la SASP, à l’instar de ce qui avait été fait à l’OL, au PSG, au MHSC.

2) Continuer à lui offrir les meilleures conditions d’entraînement, comme cela avait été fait depuis la D2, à la Commanderie, avec toutes les installations réservées aux garçons, comme la cryothérapie.

3) Poursuivre un recrutement encore plus ambitieux, en se tournant notamment vers de grandes joueuses françaises, mais aussi étrangères.

Bref, allumer les moteurs du 3e étage de la fusée…

Quelle ne fut pas alors la (mauvaise) surprise – que dis-je, la sidération ! – des supporter/trices et observateur/trices de constater que non seulement AUCUN de ces trois points n’était mis en route, mais que tout ce qui avait été construit avec patience et enthousiasme se soit retrouvé détruit ! Une régression à tous les niveaux.
Alors que vous décidiez d’intégrer certains secteurs du club à la SASP, vous en excluiez la section féminine, la laissant aux bons soins de l’association Olympique de Marseille. De même, vous preniez la décision de chasser les Olympiennes de la Commanderie, les confinant au stade Roger-Lebert – non adapté à un entraînement de type professionnel – et à son terrain en synthétique, dont chacun sait – pour qui veut bien se pencher un peu sérieusement sur le problème – qu’il est le pire ennemi des joueuses de football qui ne cessent d’en combattre les méfaits.

Enfin, le recrutement…

L’OM étant une « grande muette », nul ne semble savoir avec certitude à qui revint la responsabilité de celui-ci lors de l’été 2017, même si l’on peut légitimement penser au staff et, au premier chef, à l’entraîneur-manager.
Si l’on sait que parmi les 12 départs constatés (dont 7 joueuses à un minimum de 7 matchs joués, soit une rencontre sur trois) un grand nombre le fut par la volonté de Christophe Parra de se séparer de ces joueuses – peut-être pour raisons sportives, mais plus souvent car jugées pas assez « professionnelles » dans leur implication et leur hygiène de vie -, d’autres semblent bien être parties, car le club ne fit pas les efforts financiers pour les retenir. La gardienne Pauline Peyraud-Magnin, sans aucun doute l’une des principales responsables de l’excellente saison de l’équipe à qui elle sauva bien des matchs à elle seule, repartit ainsi cirer le banc de son club formateur, l’OL, car – de ce que l’on dit – une demande d’augmentation de salaire lui aurait été refusée. Vrai ou faux, Président ?

À cette saignée d’effectif, par quoi répondit le club ? Par un recrutement que les connaisseurs du football féminin n’hésitent pas à qualifier au départ d’ « étrange », puis rapidement de « raté », et enfin de « n’importe quoi ».

Pas question ici de faire porter le seul chapeau de l’échec aux diverses recrues qui ont droit à tout notre respect, mais plutôt à la logique même du recrutement effectué.
Alors qu’on laisse filer des opportunités comme gardienne de but telles que la Montpelliéraine Solène Durand (ex-championne d’Europe U19, aujourd’hui numéro 3 chez les Bleues) à Guingamp, ou la très prometteuse Élisa Launay de Bordeaux à Lille (elle aussi déjà appelée en sélection par Corinne Diacre), ou encore l’ancienne championne du monde U17 Romane Bruneau devenir numéro 3 dans les cages de Lyon (elle n’aura pas une seule minute de jeu de la saison, toutes compétitions confondues), on va chercher une Canadienne totalement inconnue jouant pour une équipe japonaise tout juste promue en 1ere division, et dont – il faut avoir l’honnêteté de le dire et de l’écrire – les premiers mois à l’OM plomberont l’équipe à coups de bourdes répétées. Et cela sans solutions de rechange, aucune des gardiennes remplaçantes n’ayant le niveau ou l’expérience de la D1 (sur les 4 autres gardiennes, trois ont entre 16 et 17 ans). La bonne fin de saison de Geneviève Richard ne justifie en rien cette erreur majeure de recrutement.

Si l’arrivée en défense de la championne d’Europe U19 et vice-championne du monde U20 Hawa Cissoko, en mal de temps de jeu au PSG, pouvait être vue comme une bonne idée (mais vite gâchée, entre difficulté d’intégration, blessures et suspension), quid de celle de la deuxième Canadienne, Marie-Yasmine Alidou d’Anjou, milieu offensive ? On sait comment elle fut recrutée des Citadins de l’Université du Québec (UQAM) : « Les dirigeants de l’équipe ont contacté l’agence High Performance Talent Pool, basée à Ottawa, et un des agents leur a recommandé l’étudiante-athlète de 22 ans [Geneviève Richard fut recrutée de la même manière, via la même agence (2)]. Après avoir visionné des vidéos et regardé un de ses matchs aux Universiades, les membres de l’organisation lui ont offert un contrat. «Tout s’est passé tellement vite, je ne réalise pas encore ce qui m’arrive», dit l’athlète. » (1) On notera en passant que les Universiades de Taipei s’étant déroulées du 19 au 30 août,  et le championnat de D1 débutant le 3 septembre, ce recrutement semble avoir été fait dans la plus grande urgence.
De même avec la très expérimentée internationale islandaise Fanndis Fridriksdottir, dont l’accord de transfert ne fut conclu qu’à une semaine du début du championnat. Une bonne idée – la joueuse s’était montrée à son avantage à l’Euro 2017 -, mais qui ne confirmera jamais à l’OM, étant la plupart du temps mal utilisée.

Et que dire de la Mexicaine Cristina Ferral, un pari osé, mais intéressant, joueuse qui, à peine arrivée à l’OM devint internationale, régulièrement titulaire avec sa sélection nationale, y compris à plusieurs reprises contre les championnes du monde américaines, mais qui sera systématiquement confinée à la DH après la trêve hivernale, et après avoir joué seulement l’équivalent de trois matchs pleins.

Le budget, annoncé à 1,5 million d’euros sur la saison 2016-2017, aurait dû être triplé en accompagnement de la mise en œuvre souhaitée et nécessaire des trois points cités précédemment.
Quel a été le véritable budget de cette saison 2017-2018 ? Vous avez déclaré, Président, sur l’antenne du site Le Phocéen que celui-ci avait été augmenté par rapport à la saison dernière, avant de préciser lors de votre conférence de presse-bilan, de « 15 à 20% », soit un budget global aux alentours de 1,8 M.
La question est alors simple : mais où est passé l’argent ? À quoi a-t-il été utilisé ? Certainement pas dans le recrutement, certainement pas dans les installations dédiées aux féminines, certainement pas dans leur suivi médiatique par le club – devenu fantomatique, pour finir inexistant. Où est passé l’argent ?

Vous avez également admis – merci de l’avoir fait – lors de la conférence de presse précitée que des erreurs de recrutement avaient été faites pour la section féminine. Mais ces erreurs ont été patentes dès le début. Pourquoi ne pas avoir corrigé le tir au mercato d’hiver ? Nombreus/es sont ceux et celles – j’en fais bien sûr partie – qui ne peuvent que souscrire aux propos de Patrice Lair, coach du PSG et ex de Lyon : « Je pense qu’en faisant venir une ou deux joueuses de standing au mercato d’hiver, elles se maintenaient. Le club aurait dû faire un effort. Sa section féminine mérite mieux ! C’est dommage pour eux, dommage pour le foot féminin : OM-OL, OM-PSG, ça faisaient de belles affiches ! » (3)

Les informations non officielles (de toute façon, il n’y a plus jamais aujourd’hui d’information officielle…) indiquent que certaines joueuses comme la Guingampaise Salma Amani qui était sur le point de venir l’été dernier ne put le faire, malgré son désir, car l’OM refusa de racheter son année de contrat (quel montant ? gageons qu’il ne devait pas dépasser les 100 000 euros), rachat qu’opéra  le FC Fleury, promu en D1, et dont on doute qu’il possède un plus gros budget que l’OM… Une joueuse qui, soit dit en passant, nous avait inscrit un triplé la saison précédente (plus une passe décisive) avec l’EAG et qui cette saison – clin d’œil douloureux – contribua à nouveau à deux victoires de son nouveau club contre nous, avec deux passes décisives sur les trois buts encaissés par l’OM… Et toute personne suivant de près la D1 sait qu’elle était la joueuse au profil – meneuse de jeu – qui manquait à notre équipe.

Alors que nos filles se traînaient en fond de classement à la trêve hivernale, Christophe Parra ne jugea pas utile de recruter, laissant par exemple les internationales lyonnaises Claire Lavogez et Kenza Dali, ou l’internationale U20 du MHSC Lindsey Thomas partir en prêt et respectivement à Fleury (encore !), Lille (également promu) et Bordeaux. Trois formations qui seront encore en D1 la saison prochaine, contrairement à l’OM…
On murmure aussi que la capitaine Caroline Pizzala aurait demandé en vain deux ou trois renforts à cet instant crucial de la saison, ce qui lui aurait été refusé…

Je pourrais multiplier les exemples et les noms de joueuses que l’OM n’a pas su ou voulu recruter, au national comme à l’international, mais je pense que ces noms ne vous diraient rien, et je le comprends très bien.
Christophe Parra lui-même ne manqua pas d’indiquer que plusieurs joueuses approchées « n’avaient pas voulu venir ». Quand on est joueuse de football et qu’un club officiellement ambitieux et au nom prestigieux comme l’OM, 4e du championnat précédent, vous fait les yeux doux, comment expliquer ces refus ? Nous, fidèles supporters de l’OM, avons le droit de poser cette question et d’attendre de vous une réponse.

Comme dit précédemment, tout ce qui avait été construit pendant six ans se retrouve aujourd’hui détruit. Ce n’est pas la branche sur laquelle s’était hissé l’OM féminin que le club a méticuleusement sciée cette saison, mais l’arbre tout entier. On pourrait penser avoir bêtement perdu un an si l’équipe s’était maintenue in extremis, comme Bordeaux l’an passé. Mais là, avec la descente en D1, nous sommes bien au-delà…

On souhaiterait ne voir dans cette chute que la conséquence de la grande incertitude du sport en général, du football en particulier. Du mauvais hasard, de la malchance répétée de match en match. Mais ce serait céder à une puérile naïveté et à une méconnaissance de l’implacable logique sportive. Avec seulement 12 points au compteur sur un total possible de 66 – allez, disons 48 en ôtant les six affrontements contre l’intouchable Top 3 -, avec seulement 3 victoires dans la besace en 22 matchs ou même 16, on ne peut invoquer toutes ces excuses… Plus mauvaise équipe à domicile comme à l’extérieur, pire attaque et 10e défense (sur 12), les chiffres parlent. Si le recrutement a effectivement été désastreux, 9 titulaires régulières de la saison dernière étaient encore présentes. Alors, comment expliquer une telle différence d’une saison à l’autre, si ce n’est aussi par un échec au plan des schémas tactiques, du jeu et, peut-être, de la gestion du groupe ?

À l’issue de la correction reçue sans surprise à Lyon (0-7), Sandrine Brétigny ne s’était pas gênée pour déclarer au micro d’Eurosport qu’à aucun moment cette saison le groupe n’avait constitué « une équipe ».

De funestes erreurs ont été commises à tous les niveaux, et ce dès la fin de saison dernière.
À qui incombent ces erreurs ? Sans doute sont-elles réparties sur plusieurs têtes. La vôtre en tant que président du club ? Celle du ou des gestionnaires de la section féminine – qui sont-ils exactement ? –  là encore, personne ne semble le savoir ? Celle de l’entraîneur-manager (recruteur ?) qui n’a pas su ou n’a pas été capable de trouver les solutions tactiques et collectives à même de renverser la situation ? Celles des joueuses, même si certaines n’ont rien à se reprocher, et chaque supporter/trice olympien/ne saura mettre des noms sur les concernées ?

La faillite est générale. Mais – encore une fois en tant que président -, vous êtes le premier des responsables, et je ne confonds pas responsabilité et culpabilité. Car c’était à vous d’exiger un autre recrutement – y compris d’en imposer un cet hiver -, à vous de changer de coach si vous le jugiez nécessaire, à vous de mettre chacun et chacune devant ses responsabilités.
L’impression ressentie de l’extérieur est que vous vous êtes totalement désintéressé de cette section féminine, que vous avez cru qu’il était vraiment facile de briller en D1 – en raison de la 4e place la saison précédente, obtenue pourtant comme promu et en dépit d’un mauvais départ -, et que vous avez laissé le staff faire ce qu’il voulait, avancer en roue libre, il se débrouillerait bien tout seul ! Quand Christophe Parra déclare « Je n’ai pas assez communiqué avec les dirigeants » (4), il révèle un point bien négatif et, là encore, se pose la question : à qui la faute ? À lui ? À vous ? Aux deux ?

Je comprends très bien – et pas un supporter des Olympiennes ne me contredira – que tous vos efforts étaient concentrés vers ce que l’on nomme l’équipe fanion, les garçons de la L1 qui font la gloire du club, engagés dans une course vers le podium et dans une formidable campagne européenne. Oui, jamais personne ne vous reprochera cela, et nous vous remercions tous pour cette superbe saison qui, même si elle n’a débouché in fine sur aucun titre, nous aura tant fait vibrer.
Mais vous n’aviez pas pour autant le droit de sacrifier – ou de laisser sacrifier sans bouger – votre, notre section féminine. Ni les joueuses, ni les supporters, ni même le football féminin français ne le méritaient.

Il n’est pas très difficile de monter une grande équipe dans cette discipline, tant les budgets des meilleures équipes féminines restent faibles (moins de 7 millions pour des formations comme l’OL ou le PSG, c’est-à-dire les toutes meilleures en Europe) en regard de ceux de leurs comparses masculins. Pourquoi ce qui avait été – très bien – fait aux étés 2015 et 2016, ne l’a-t-il pas été en 2017 ?

L’Olympique de Marseille est un nom prestigieux sur la planète football. Il n’y avait qu’à écouter les propos des recrues canadiennes, islandaise ou mexicaine au moment de leur embauche : quand un grand club comme l’OM vous veut, comment refuser ? Voir cet OM finir loin derrière Albi, Rodez, Soyaux – avec tout l’authentique respect et l’admiration que j’ai pour ces formations – est difficile à admettre.

Vous mettez souvent en avant, et à juste titre, l’importance de l’image que véhicule le club. Mais quelle image donne aujourd’hui sa section féminine en pleine régression, en total échec, à l’heure où l’égalité homme-femme est un sujet très en pointe en politique et dans la société, mais aussi dans le sport, avec la féminisation à tous les niveaux de la FFF, la Coupe du Monde 2019 et la U20 2018 en France, les audiences TV et les droits de la D1F rachetés par Canal+, le #EqualGame UEFA, la FIFA ?
Les femmes sont aussi des supportrices (et consommatrices), aussi bien de football masculin que féminin, potentiellement des joueuses/bénévoles/dirigeantes de la discipline, et un OM fort tire le football féminin régional (et ses clubs, même ceux des quartiers) vers le haut, incitant des jeunes filles à s’affirmer dans des contextes socio-économiques parfois difficiles… Et l’OM peut compter sur un bassin de population important avec un potentiel élevé.

Un gâchis, Président. Un immense gâchis…

Et n’allez pas croire ceux qui vous conteraient que les jeunes Olympiennes U19 ont sauvé l’honneur de la section. Leur place de finaliste du Championnat de France Excellence est un trompe-l’œil. La réalité est que, contrairement à la saison dernière, elles ont été incapables de se qualifier pour le Championnat Élite à l’issue de la première phase, et furent donc reversées en Excellence, le championnat « B ». Là encore une régression, même si moins spectaculaire.
De la même manière, ne croyez pas que nos joueuses remonteront en D1 les doigts dans le nez dès la saison prochaine. Des formations comme Albi – l’autre relégué -, Saint-Etienne, Grenoble, Nancy, Toulouse, peut-être Nice si le Gym se hisse enfin en D2, n’auront rien à nous envier. Loin de là !

Alors que va-t-il maintenant se passer ? Allez-vous mettre les moyens adéquats – je ne parle pas forcément d’argent, du moins dans le cadre d’une saison en D2 – afin que l’équipe remonte immédiatement en D1 ? Ou allez-vous la laisser y moisir, en tablant sur le genre de plan foireux qui consisterait à s’appuyer avant toutes choses sur les jeunes joueuses du club ? Il existe un énorme écart aujourd’hui entre la D2, de plus en plus homogène, et le championnat U19. Et si vous aidez à son retour dans l’élite, quelle sera la suite ? Une vie d’ascenseur, comme celle du FC Metz, un an en haut, un an en bas ? Ou bien, développerez-vous un véritable Champions Project bis, celui des filles ? Car c’est bien de ça qu’il s’agit. C’est cela que nous attendons de vous.

Vous n’êtes pas depuis longtemps à la tête de l’OM, Président, mais vous avez vite compris sans le moindre doute que les supporters/trices olympien/nes ne se nourrissent pas de mots, mais de faits. Au masculin comme au féminin. Alors, nous direz-vous quelles sont les actions-chocs que vous comptez enclencher dès ces prochaines semaines pour remettre l’OM féminin sur des rails qu’il n’aurait jamais dû quitter ? Allez-vous prendre toutes les mesures qui s’imposent, quitte à ce qu’elles soient douloureuses pour certains et certaines ?

Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire ce long courrier, trempé à l’encre de l’amour de l’OM et de ses joueuses. En espérant vous voir y répondre.

Allez l’OM, et vive le football au féminin !

Respectueusement,

Philippe Serve

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1) https://citadins.uqam.ca/component/content/article/123-nouvelles/nouvelles-2017-2018/1092-soccer-une-citadin-avec-l-om.html
2) https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1048151/soccer-marseille-genevieve-richard
3) https://www.20minutes.fr/sport/football/2278343-20180528-om-autopsie-effondrement-comment-section-feminine-marseille-coule
4) (idem supra)

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