Dimanche à Paris (stade Jean-Bouin, 16h30) et devant les caméras d’Eurosport, ce sera bien plus qu’un clasico au féminin qui se jouera entre l’OM et le PSG : une double opération de survie. Survie en D1 pour les Olympiennes, survie d’un avenir européen pour les Parisiennes. Deux choses sont certaines : le défi proposé à Caroline Pizzala et ses coéquipières est immense, et dimanche soir l’une des deux équipes entrera en grande crise…

Le 4e clasico de l’histoire de la D1 féminine* sent le soufre. Non pas en raison d’une quelconque tension entre les clubs – au-delà de la traditionnelle rivalité -, ou entre joueuses (on s’en réjouira), mais pour les enjeux dramatiques et diamétralement opposés présidant à la rencontre.
L’OM, lanterne rouge au classement avec 4 points de retard sur le premier non relégable, se voit dans l’obligation de l’emporter pour survivre. Le PSG, lui, joue son avenir européen. Tout autre résultat qu’une victoire le condamnerait sans doute à une deuxième absence consécutive l’an prochain en LdC.

* [La saison dernière, l’OM s’était incliné 0-1 à Paris (2e journée) avant de créer l’exploit en remportant le retour au stade Roger-Lebert (2-0, Yüceil, Brétigny). Cette saison, au match aller, on crut revivre une performance identique lorsque les Olympiennes menèrent 2-0 à la pause (Asseyi 31’, Lakrar 38’). Mais le PSG revint rapidement en 2e période, avant de s’envoler pour l’emporter 5-2 (Périsset 50’, Diani 55’, Katoto 67’, 68’, 81’). La néo-Olympienne et ex-Parisienne Cissoko fut expulsée à la 83e pour un 2e carton jaune]

A l’aller, malgré un but de Maëlle Lakrar (à d) et un score de 2-0 à la pause, les Olympiennes s’étaient inclinées 2-5 face au PSG de Kadiddiatou Diani (à g).

Détaillons…

Pour les Olympiennes : éviter la D2 dimanche soir

Oui, en cas de défaite dans la capitale, l’OM pourrait se retrouver dès dimanche soir avec la certitude de descendre en enfer selon les résultats des autres matchs du jour. Rappelons d’abord la situation au classement, ainsi que le calendrier des 4 dernières journées de D1, et que ce sont les deux derniers qui descendent en D2. On notera que Fleury aura deux matchs en retard dimanche soir :

Calendrier des 6 clubs les plus concernés par la lutte pour le maintien sur les 4 dernières journées de D1.

L’OM a 12 points et… 12 points restent encore en jeu sur les 4 derniers matchs. On ne fera pas injure aux Olympiennes que de compter d’ores et déjà leur match à Lyon le 13 mai comme une rencontre à zéro point, l’OL enregistrant aujourd’hui 18 victoires pour autant de matchs joués… Il en reste donc 9 à prendre… L’OM en a 3 de retard sur Rodez (que les Olympiennes recevront le 19 mai), 4 sur Albi, 5 sur Lille, 6 sur Fleury, et 7 sur Guingamp où elles se déplaceront pour l’ultime journée le 20 mai.
Les confrontations contre Rodez et Guingamp – les deux derniers matchs de la saison, donc – doivent absolument être remportées et rapporter 6 points, ce qui est loin d’être fait. Le total monterait à 18 si l’OM a auparavant perdu à Paris et Lyon. Or, 18 points ne devraient pas suffire au maintien. Pourquoi ?

Dimanche, Albi (16 pts) reçoit Rodez (15 pts), et Lille (17 pts) accueille Guingamp (19 pts). Si l’ASPTT et le LOSC l’emportent chez elles et que, dans le même temps l’OM perd, les Phocéennes ne pourront plus revenir à hauteur de ces deux équipes puisqu’elles auraient déjà – et respectivement – 7 et 8 points d’avance. De même pour Guingamp (7 longueurs). Ne resteraient plus que Rodez (3 points devant) et Fleury… à 6 points. Mais les Essonniennes seraient assurées, même en ne prenant plus le moindre point sur leurs cinq matchs restants, de finir devant l’OM à la différence particulière, les Floriacumoises l’ayant emporté deux fois sur les Olympiennes (2-1 et 1-0)…

Une dernière défaite à domicile face à Fleury (0-1) qui a fait très mal…

Voilà donc pourquoi l’OM – s’il est battu à Paris dimanche – pourrait être déjà et officiellement en D2 au coup de sifflet final. [Lille-Guingamp, 14h, et Albi-Rodez, 15h, seront déjà terminés à l’heure du coup d’envoi du clasico]
Et si les Olympiennes arrachent le match nul sur le terrain du PSG (Soyaux l’avait réussi lors de la toute première journée en égalisant à la 92’ !), ce qui serait déjà un exploit ? Elles s’offriraient alors un sursis, et pourraient espérer coiffer sur le fil Albi (à la différence particulière) et Rodez in fine.
Une victoire, elle,  leur ouvrirait les portes du maintien… à condition de battre par la suite Rodez et Guingamp bien sûr. Mais il faut ici rappeler que le PSG n’a plus été battu sur son terrain en championnat depuis 3 ans, et c’était par Lyon…
On pourrait rêver à ce super exploit si, d’une part l’OM était un minimum plus fringant (3 succès seulement en 18 matchs), et si, d’autre part, le PSG n’était pas acculé à un semblable impératif de victoire.
Maintenant, le football reste le football… Alors………………

Pour les Parisiennes : gagner ou bye-bye l’Europe

En concédant un nul à domicile dès la 1ere journée contre Soyaux, le PSG s’était mis dans la difficulté pour le titre, aujourd’hui définitivement perdu puisque Lyon compte 11 points d’avance à 4 journées de la fin. En perdant lourdement lors de la dernière journée à Montpellier (0-3), les Parisiennes se sont fait rejoindre au classement par leurs adversaires du jour, et même devancer à la différence particulière (3 pts partout, 4-3 pour le MHSC). Alors que les Pailladinnes peuvent raisonnablement espérer un sans-faute sur les 4 dernières journées, le PSG – même avec un match supplémentaire à jouer – doit non seulement « coller » à ces 4 succès, mais aussi prendre au moins un point lors de leur rendez-vous du 18 mai contre Lyon à domicile… Leur situation :

Calendriers respectifs du MHSC et du PSG pour la fin de saison en D1.

L’enjeu est bien entendu la deuxième place finale qui, seule, permettra à leurs heureuses détentrices – en plus des championnes de France, naturellement – d’accéder à la prochaine édition de la Ligue des Championnes. Il faut rappeler ici que l’an passé, après 4 années consécutives à décrocher l’Europe en tant que dauphines des Lyonnaises (championnes sans discontinuer depuis la saison 2006-2007) et deux finales de LdC, le PSG avait dû laisser sa place au MHSC. Une deuxième absence de suite sur le plateau continental ouvrirait une crise sans doute majeure au club de la capitale. Il est déjà presque acquis que Patrice Lair quittera le club en fin de saison. Lui qui avait tout gagné avec Lyon (4 titres nationaux, 3 coupes de France et 2 LdC), n’a pu faire mieux la saison dernière – première année au PSG – que deux fois finaliste (LdC et CdF), à chaque fois battu aux tirs au but… par Lyon. Il lui reste une ultime chance cette saison de rapporter au PSG son premier titre de l’ère qatarie avec la Coupe de France pour laquelle le PSG reste en course en demi-finale (contre Soyaux, alors que Lyon et Montpellier s’affronteront dans l’autre).

L’année en option au-delà de juin 2018 risque fort de ne pas être confirmée pour Patrice Lair (à g, avec Philippe Boindrieux, directeur général délégué du club en charge de l’équipe féminine).

Celui ou celle capable de comprendre la politique de la direction du PSG envers sa section féminine est le/la bienvenu/e ! Malgré un budget « féminin » a priori conséquent (peu ou prou l’équivalent de celui de Lyon, aux alentours de 6 millions d’euros), le club rate systématiquement les transferts possibles de grandes joueuses par refus de verser des salaires trop importants… que Jean-Michel Aulas s’empresse, lui, d’accorder. Ainsi, alors qu’elles étaient plus que pressenties à Paris, la star allemande Dzenifer Marozsan et la capitaine des Bleues Amandine Henry sont finalement parties à Lyon. La pépite Nigériane Asisat Oshoala, la serial buteuse du Malawi Tabitha Chawinga, ou encore l’attaquante australienne Samantha Kerr sont elles aussi toutes passées sous le nez du PSG pour les mêmes raisons financières, préférant la Chine ou les USA. Sans parler auparavant d’une Christine Sinclair, voire d’une Marta (même si la possibilité de sa venue n’a jamais été confirmée). On parle ici d’un club qui accorde plus de 700 millions d’euros de budget pour les garçons, mais ne veut pas payer ses joueuses 15000 euros par mois, alors que Lyon accorde jusqu’à 35000 euros à ses meilleures joueuses (Morgan, Renard, Henry…). D’où l’impression que les propriétaires et la direction du PSG ne se soucient pas vraiment de « leurs filles ». Un peu comme à l’OM aujourd’hui ?

Le groupe olympien pour Paris

Le groupe, tel qu’il devrait être :

Absentes : Marie-Yasmine Alidou d’Anjou (blessée ?), Cristina Ferral (*), Cindy Caputo (blessée, déchirure), Amandine Blanc (en reprise), Charlotte Lozé (?), Namnata Traoré (DH ?).

On note les retours de Cissoko (sûrement hyper motivée de retrouver son ex-club et ancien public) et Laplacette.

Le XI de départ pourrait être le suivant : Richard – Cissoko (ou Lakrar), Pizzala, M’Bassidjé, Lakrar (ou Soulard) – Gadéa, Coton-Pélagie, Storti – Cardia, Asseyi, Fridriksdottir.

Mais Christophe Parra pourrait aussi choisir de renforcer son milieu avec Laplacette ou Soulard, et/ou de privilégier l’expérience devant avec Brétigny dès le coup d’envoi…

[* Selon une de mes sources, l’internationale mexicaine aurait décidé de quitter le club dès maintenant, sans attendre la fin du championnat, sans doute terriblement frustrée de n’avoir jamais sa chance en équipe première alors que celle-ci est dernière du classement, et d’être systématiquement reléguée en DH avec la réserve. Qui pourrait lui donner tort, si l’info est confirmée ?]

Hawa Cissoko (à d) va retrouver sur le terrain sa grande copine et ex-coéquipière au PSG et dans toutes les équipes de France (de U17 à A), Grace Geyoro.

De son côté, le PSG  sera toujours privé de ses Sud-Américaines – la gardienne chilienne Cristiane Endler, et les Brésiliennes Formiga et Erika – qui disputent actuellement la Copa América. Le reste de l’effectif devrait être au complet, la très brillante jeune internationale Grace Geyoro ayant notamment fait son retour lors du 1/4 de finale de coupe de France dimanche dernier à Saint-Etienne (D2, victoire du PSG 3-0).

Le match sera retransmis en direct sur Eurosport 2 et en Live-Text sur Twitter @Olympiennes

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Philippe Serve

Crédits photos : footofeminin, om, psg, fff.

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