Pas de miracle pour les Olympiennes ce dimanche. Sévèrement défaites (0-7) par des Lyonnaises qui ont officiellement décroché leur 12e titre de championnes de France consécutif, les joueuses de l’OM ont scellé leur avenir en D2 féminine, Albi l’ayant emporté juste auparavant à Guingamp (1-0). Le gâchis annoncé depuis déjà longtemps n’empêchera pas la tristesse et la colère.

Je n’ai pas vraiment l’intention de vous raconter par le menu le déroulé de la déroute prévisible des Olympiennes sur le terrain des éternelles championnes de France lyonnaises. Un tel compte-rendu ne serait qu’ennui, induit par la répétition. Alors, voici juste l’essentiel, à savoir :

Un exercice – perdu – d’attaque-défense

– Sous une pluie bien drue et par une basse température, les 90 minutes de la rencontre se sont déroulées presque exclusivement dans la surface de réparation marseillaise.

– Christophe Parra avait bouleversé la composition de sa défense. Après Kelly Gadéa en leader de défense centrale (première partie de saison), puis Caroline Pizzala dans le même rôle – Gadéa montant d’un cran (deuxième partie) –  voilà que les deux taulières se retrouvaient au milieu, l’axe défensif étant confié à Hawa Cissoko et Anaïs M’Bassidjé, avec sur les côtés la jeune et inexpérimentée Maud Antoine à droite, et Amandine Soulard à gauche. Septième (!) pure défenseure alignée au coup d’envoi, Maëlle Lakrar montait aussi d’un cran. Peu de dire que le milieu se voulait ainsi blindé, et que le bus serait à étage. L’équipe évoluait en 4-5-1, les couloirs étant laissés à l’internationale U19 Mickaëlla Cardia et à son aînée Viviane Asseyi. Seule en pointe, l’Islandaise Fanndis Fridriksdottir, dont ce n’est absolument pas le poste naturel.
On notait les absences de Nora Coton-Pélagie, Lalia Storti et Marie-Yasmine Alidou d’Anjou qui n’avaient pas fait le déplacement. Sans doute blessées, bien que le manque total et habituel de communication du club ne nous pousse qu’à des hypothèses et pas à des certitudes. Sandrine Brétigny était sur le banc, en compagnie de Tess Laplacette, de la gardienne Maureen Saint-Léger, et des très jeunes Roselène Khezami et Inès Belloumou, 16 ans chacune. La deuxième nommée entra en jeu à dix minutes de la fin, et fut malheureusement à l’origine du 7e et dernier but lyonnais. Mais personne ne lui en voudra, on n’était plus à ça près. L’envoyer sur la pelouse dans un tel contexte était de toute façon synonyme d’envoi au casse-pipe.
Les nombreuses absences n’avaient pas poussé Christophe Parra à faire appel à l’internationale mexicaine Cristina Ferral, toujours superbement ignorée… à moins qu’elle n’ait été aussi blessée ?

– Côté lyonnais, quatre des principales cadres étaient laissées au repos : la capitaine Wendie Renard, l’inépuisable Anglaise Lucy Bronze, la stratège allemande Dzenifer Marozsan (sacrée le soir même meilleure joueuse de l’année au gala UNFP, et ce pour la 2e année consécutive), et Melle Zébulon Eugénie Le Sommer.

– La gardienne canadienne de l’OM, Geneviève Richard – souvent à la faute en début de saison, mais en nette amélioration depuis quelques semaines – sortit une très grosse première période, sauvant son camp à de multiples reprises, les Olympiennes prenant l’eau (au propre comme au figuré) sur les côtés sous les coups de boutoir de Delphine Cascarino, Amel Majri ou Selma Bacha. Elle retarda l’échéance 25 minutes, jusqu’à l’ouverture du score de Griedge M’Bock.

La gardienne canadienne de l’OM, Geneviève Richard, a préservé son équipe d’une avalanche de buts aussi longtemps qu’elle a pu, notamment en 1ère période. Sa détresse à la fin du match faisait peine à voir.

– À l’heure de jeu, le score était toujours de 0-1. Une demi-heure plus tard, il était passé à 0-7.

– Les sept buts encaissés vinrent de centres, de corners ou de coup-francs excentrés, cinq de la gauche, deux de la droite.

– Amandine Soulard, très sérieusement touchée au pied droit dans un choc spectaculaire avec Delphine Cascarino, laissa ses coéquipières dès la 15e minute et fut remplacée par Laplacette.

Amandine Soulard n’aura affronté les Lyonnaises qu’un petit quart d’heure. Nous lui souhaitons un prompt rétablissement !

Officiel : l’OM retourne en D2

Un (joli) petit tour, un deuxième totalement raté, et puis s’en va… Deux ans après avoir atteint le Graal que constituait la D1 féminine pour une formation ayant débuté au bas de l’échelle (District), et gravi quatre échelons en cinq ans, les Olympiennes descendent en enfer.

On ne trouve pas les mots pour qualifier cet immense gâchis. Les observateurs du football féminin hexagonal s’interrogent, ne comprennent pas. Qu’est-ce qui a foiré ? Qu’est-ce qui a transformé une équipe, 4e à son premier exercice au plus haut niveau, en une formation reléguée, sans âme, et incapable de remporter plus de 3 matchs sur 20 (il en reste deux à disputer) ? Où situer les responsabilités entre une direction affirmant par la voix de son président Jacques-Henri Eyraud dans le courant de la semaine que le club avait davantage investi cette saison que la précédente, un entraîneur élu – peut-être un peu vite – meilleur coach de D1 au bout de l’exercice passé, un recrutement fait en dépit du bon sens, des joueuses pas ou plus au niveau ?

J’essaierai de revenir un peu plus tard sur tout ça, une fois les cendres retombées. Car il va falloir poser les bonnes questions. Quand on est l’Olympique de Marseille, qu’on établit une ambitieuse stratégie à long terme pour sa section féminine, qu’on la met en pratique sans failles durant six ans, qu’on arrive au stade où chacun/e attend l’effort supplémentaire du club pour faire passer l’équipe dans une dimension supérieure, celle de l’OL, du PSG ou, a minima, du MHSC, et que tout cela est détruit en l’espace de quelques semaines, celles de l’intersaison où l’équipe recule sur tous les plans… oui, il y a de quoi s’interroger.

Si certaines Olympiennes se montraient très souriantes au coup de sifflet final, d’autres affichaient une vraie tristesse, telle Maëlle Lakrar, une des rares Olympiennes absolument irréprochable tout le long de la saison.

Si tous les supporters de l’OM baignent aujourd’hui dans une joie extatique de voir les garçons en finale européenne, ceux et celles pris de passion pour les filles du club sont aujourd’hui aussi dégoûté/es que pris/es d’une colère froide. La section féminine a été laissée à l’abandon, a été suicidée. Par qui et pourquoi ?

Philippe Serve
A suivre sur Twitter : @Olympiennes

Crédits photos : captures d’écrans Eurosport.

Fiche du match (crédit : www.footofeminin.fr)

Lyon – Marseille : 7-0 (1-0), à Décines-Charpieu (Groupama Training Center) – 1541 spectateurs
Arbitre : Anaëlle Loidon

1-0 Griedge MBOCK BATHY NKA 26′ (Corner de Bacha cafouillé entre deux joueuses au deuxième poteau, Buchanan envoie le ballon sur Mbock plein axe à 6 m qui reprend du gauche)
2-0 Ada HEGERBERG 59′ (Centre de Majri depuis le côté gauche repris de la tête par Hegerberg à 6 m qui place le ballon sous la barre)
3-0 Kheira HAMRAOUI 65′ (Henry à gauche remet en retrait sur Hamraoui qui reprend en demi-volée du droit de 20 m et trouve le petit filet opposé sur la gauche de Richard)
4-0 Amandine HENRY 72′ (Abily sur la gauche à l’angle de la surface dépose un centre sur la tête d’Henry aux 6 m qui le place sous la barre)
5-0 Griedge MBOCK BATHY NKA 74′ (Corner de Bacha côté droit repris d’une tête décroisée par Mbock au premier poteau)
6-0 Ada HEGERBERG 77′ (Corner de Bacha côté droit repris d’une tête décroisée au point de penalty par Hegerberg)
7-0 Amandine HENRY 90′ (Coup franc d’Abily côté gauche à la limite de la surface, le ballon est remis en jeu au second poteau par Belloumou, et Henry reprend du droit à bout portant dans l’axe)

Avertissements : Buchanan 70′ ; Laplacette 88′
Lyon : Bouhaddi ; Houara (Petit 68′), Buchanan, Mbock, Bacha ; Hamraoui, Kumagai (Henry 63′) ; Cascarino, Abily (cap), Majri (Thomis 68′) ; Hegerberg
Banc : Peyraud-Magnin, Renard, Henry, Thomis, Petit.
Marseille : Richard ; Antoine (Belloumou 79′), Cissoko, M’Bassidje, Soulard (Laplacette 18′) ; Asseyi, Pizzala, (cap), Gadea, Lakrar, Cardia ; Fridriksdottir (Bretigny 66′)
Banc : Saint-Léger, Laplacette, Belloumou, Khezami, Bretigny.

CLASSEMENT
(crédit : FFF)

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